Tony Moïse (1939-2013)

TonyMoise-ShleuShleu

    Shleu Shleu / En Filant Les Aiguilles

  1. En filant les aiguilles
  2. Bon gratteur
  3. Danse Shleu Shleu
  4. Chante tristesse ou
  5. Saison fête
  6. Compas S
  7. Reste avec moi
  8. Ti Jeune homme

Anthony Moïse: un saxophoniste lyrique au registre mélodique fait d’un jeu ciselé et esthétique

Tony Moïse devint le premier maestro de l’Original « Shleu Shleu », groupe pionnier de la mouvance mini, en se distinguant dans son tempo lyrique et fluide. Après avoir débuté sa carrière avec « Les Frères Laurenceau », il se mua brièvement en guitariste, pour ensuite se rallier à « Les Manfoubins », ci-devant « Shleu Shleu », apportant avec lui le premier tube: moun damou. Au sein de ce groupe, il constitua avec S. Rosenthal et S. Jn Baptiste un trio déterminant qui fut le modèle du genre et un vrai joyau dont raffollaient les jeunes des nid-sixties.

Jusqu’au milieu des années soixante-dix, lorsque le groupe s’établit à New-York, il continua à faire les délices de ses adeptes. Peu de temps avant sa mort, aprés plus de quarante ans de carrière, Tony Moïse, qui a connu nombe d’années sabbatiques, possédait encore un auditoire auprès d’une génération rompue de romance et d’intimité.

Grâce à son timbre coloré et son savoir-faire, il a pendant trois décades assuré cet héritage avec clarté. Entre quelques interruptions, il initia quelques projets fugaces tels: le groupe « Essence », puis un « Shleu Shleu » parallèle – par rapport à la version de Smith Jean Baptiste – spécialement pour des performances reminiscencielles. Et en même temps, il animait des soirées avec son quartet.

Ce brillant saxophoniste haïtien s’est éteint le 30 août 2013, dans un hôpital de New York, des suites de complications cardio-vasculaires.

  • Extrait du livre Tambours Frappés Haïtiens Campés – (Ed Rainner Sainvil)

  • Tony Moïse (Côte-de-Fer 1939 ? – 2013)

    Anthony Moïse, ou Tony, tout court, maestro, premier saxophoniste des Shleu Shleu, le premier mini-Jazz Haïtien, était septuagénaire. Cette grande étoile qui a contribué à l’émancipation de l’univers musical haïtien est succombée des suites de complications cardio-vasculaires dans un hôpital de New York le vendredi 30 août 2013.

    Tony faisait partie de la première version du mini-Jazz en Haïti, un jeune groupe qui avait été formé le 25 Décembre 1965 par un groupe d’étudiants du Bas Peu-de-Chose à Port-au-Prince, Haiti.

    Vers les années 1965, dans une multiplicité de genres musicaux: compas, cadence rampa, ambatonèl, ballade, traditionnèl, raboday, yanvalou, ibo etc. qui ont caractérisé l’époque, un groupe de jeunes musiciens décida d’instaurer un autre style dans l’art musical haïtien. Avec à sa tête comme impressario, Hugues « Dada » Djakaman, d’origine syrienne, ce groupe musical d’un style simple et rythmé allait en moins de cinq ans insuffler une nouvelle inspiration qui ne tardera pas à déboulonner le prestige des vieux ténors de la musique d’alors.

    Ces jeunes musiciens se sont transférés de deux groupes musicaux différents: les « Manfoubins » de Bas Peu-de-Choses et les Frères Lorenceau, pour donner naissance aux Shleu-Shleu – groupe devenant officiellement le premier mini-Jazz haitien.

    Rappelons pour l’histoire que les Manfoubins de Bas-Peu-de-Chose étaient originellement composés des frères Smith et Fred Jean-Baptiste, Serge Rosenthal, Léon Millien, Edouard « Doudou » Crêvecoeur, Peddy Charles, tandis que Clovis Saint Louis, Hans « Gwo Bebe« , Milot Toussaint et Tony Moise faisaient partie du groupe « les Frères Lorenceau ».

    En rencontrant les gars des « Manfoubins », Tony Moise se présenta d’abord comme guitariste initié, puisqu’il évoluait auparavant en cette position dans d’autres groupes musicaux. Mais il devait devenir par la suite le saxophoniste du groupe après avoir développé aussi son habileté à cet instrument auquel il n’apportait auparavant que des balbutiements. Dès lors, ce fut le début d’une grande et riche carrière musicale au sein du groupe rebaptisé plus tard sous le nom de « Les Shleu-Shleu » par l’impressario Dada Djakaman.

    Nemours Jean-Baptiste, le roi du Compas direct, fut le premier, au cours d’un bal à Cabane Choucoune où « Les Shleu-Shleu » jouaient pour la première fois, à dénommer ces derniers « mini-Jazz » du fait que ce groupe avait un nombre restreint de musiciens, alors qu’à l’époque les groupes musicaux ou orchestres en comptaient au moins une quinzaine.

    « Les Shleu Shleu » en effet étaient dotés seulement d’un saxophonist alto, de deux guitares, d’une guitare basse, d’un jeu de batteries, d’un tambour et d’un tam tam comme instruments de base.

    Il faut dire aussi que le terme « mini » évoquait aussi une référence à la mode de « mini-jupe (jupette à raz le cul) de l’époque, importée en Haïti vers la deuxième moitié des années 60 sous l’impulsion de la styliste nord-américaine Mary Quint qui propageait ses fameuses inventions du « miniskirt » (mini-jupe) , par rapport au « maxi », (robe longue de gala).

    vCes nouveaux conquérants jouant une musique dansante, entraînante et fraiche ont vite conquéri la jeunesse d’alors qui ne se reconnaissait pas dans la musique des grands orchestres de l’époque, tels que le « Jazz des Jeunes », l' »Ensemble de Nemours Jean-Baptiste », la cadence rampa de l' »Ensemble Webert Sicot », pour ne citer que ceux-là. Et pendant cinq années, ils vont tenir très haut le pavé, gravant deux supers albums avec des morceaux hits tels que: Ti Cam, Dans la vie, Vacances, Alfredo, Haïti mon pays, Maille, Ma poupée, Haïti terre de soleil, Devinez, etc… Ces tubes annonçaient la montée d’une nouvelle génération et une nouvelle ère musicale. Entre-temps, d’autres groupes musicaux du même style et de même formule avaient pris naissance dans le pays.

    Nous, petits ou grands, de près ou de loin, avons vu Tony évoluer et conquérir avec Les Shleu Shleu le cœur de la jeunesse haïtienne, toutes couches et classes sociales confondues. Une génération qui est aussi la nôtre puisqu’elle avait aussi bercé notre adolescence.

    Qui ne sont pas tombés amoureux un jour, un soir, dansant aux sons d’une Maille, d’une Ti-Cam, d’une Solange à Boutilliers ou ailleurs ou bien nous berçant avec les notes langoureuses du saxophoniste Tony Moïse?

    Combien d’entre nous n’ont pas rencontré leurs premières amours, échangé leurs premiers baisers, vécu des moments idylliques et inoubliables avec comme fond sonore une mélodie des « Shleu Shleu », soit à Cabane Choucoune, Ibo-Lélé, Villa-Créole, ou durant une de ces soirées dansantes au Rond-Point Night-Club, à la Cité de l’Exposition, au Bicentaire et même pendant un bal de salon ? Les mélomanes se souviendraient longtemps encore de ce chanteur, troubadour, saxophoniste très habile et compositeur de charme…

    Herve Gilbert
    herve.gilbert @ gmail.com

  • Pour plus de détails: Haiti Connexion Culture →
  • Biographie d’autres artistes →

  • Tony Moïse – biographie
    Facebook