Ceux qui n’ont pas connu Haïti d’avant la démocratisation ne peuvent pas comprendre de quoi on parle quand on évoque la liberté de la presse et ses corollaires qui sont la liberté d’expression et la liberté de penser.

Il fut un temps dans ce pays où chacun craignait ce qui se passait dans sa propre tête, de peur que l’un des suppôts de la dictature n’aille rapporter ses pensées aux autorités avec toutes les conséquences néfastes que cela pourrait provoquer.

Le 7 février 1986, ce n’est pas par hasard que les deux principales victoires célébrées étaient la fin de la torture (kraze zo) et l’émergence de la liberté de parole (baboukèt la te tonbe). On voulait être libre de dire et ne plus encourir les coups, l’emprisonnement et la mort pour ses opinions.

Il ne faut jamais croire que la liberté de la presse a toujours existé dans ce pays. Ce n’est pas le cas. Dans un article disponible sur le site de Alterpresse, Godson Pierre rappelle que « Félix Darfour, fondateur de la revue politique et littéraire « L’éclaireur haïtien », (a été) exécuté sous le président Jean-Pierre Boyer, en 1822, pour avoir critiqué le gouvernement.

Un cachot au pénitencier national porta le nom de Joseph Jolibois, journaliste et propriétaire du journal Le Courrier Haïtien, assassiné en prison, en mai 1936, après avoir été incarcéré 17 fois pour délit d’opinion (idem).

Même après la chute de la dictature, sous les régimes militaires, la pluralité des voix a été étouffée et certains gouvernements démocratiquement élus ont tenté périodiquement de dicter à la presse quoi dire et quand le dire.

La liberté de la presse est faite en Haïti de parenthèses heureuses et de reculs terribles. Le bâillonnement de la presse a une très longue histoire en Haïti et les reflexes du passé ne sont jamais loin. En ce 3 mai et chaque jour, tous ceux qui œuvrent dans les médias ou qui consomment leur production doivent se le rappeler. On n’a jamais fait de cadeau à la presse en Haïti.

La liberté de la presse est comme toutes les libertés : tentations et fautes jonchent le parcours de son exercice. Il faut les dénoncer et redresser en permanence ce qui doit l’être.


Dans une note publiée à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH) et l’Association des médias indépendants d’Haïti (AMIH) appellent les consœurs et les confrères de la presse à redoubler de professionnalisme, pour que la liberté de la presse ne soit pas utilisée comme une arme de chantage qui pourrait finir par tuer cette liberté au service de la liberté d’expression de l’ensemble des citoyennes et des citoyens.

Cet appel des deux associations de patrons de médias tombe à pic. La tentation de s’écarter du droit chemin est permanente et un trop grand nombre de médias y succombent. Personne ne doit abuser de sa liberté au risque de mettre en danger la liberté de tous dans la presse.

La liberté de la presse n’est pas une licence pour faire du mal à la société. Chaque journaliste doit faire son examen de conscience et son autoexamen tous les matins et les médias d’autoréguler.

Source: Le Nouvelliste

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